Le Miroir des spectacles du 22 février 1822

LA VIERGE DE GROA

P. Bonnec - B Provignon - Gwendal Lesage - JM Le Dily - Gwen Lesage - Romu Le Pabic -

Nous revenons avec plaisir sur l’ouvrage d’un jeune poète qui mérite des encouragements et des conseils.

Le sujet du poème de M. de St Michel est extrêmement sinistre. L’île de Groa, assiégée par l’armée romaine, ne résiste encore aux vainqueurs de la terre que par le courage d’Armire, roi soldat, et monarque barbare. Son peuple, à l’exemple d’un tel chef préfère la mort à l’esclavage et souvent vaincu, mais toujours redoutable.

D’un jour plus doux il saluait l’aurore
Il avait su sauver sa liberté.
_ Tallus,le fier Tullus, qui n’avait pu se trouver à la dernière victoire, voit avec douleur son courage enchainé, les regards fixés sur Groa. Il brûle d’y porter le ravage et la mort. Enfin César donne le signal des batailles et l’impatient Tullus s’élance le premier sur la rive ennemie.
Prisonnier d’Armire, il est condamné à mort et c’est de la main de Vinvéla, fille du monarque et prêtresse de Vénus, qu’il doit recevoir le coup fatal. Mais l’amour veille sur ces destins. Vinvela, touchée du sort de l’illustre captif, brise es fers et protège sa fuite.
Armire, furieux d’avoir perdu sa proie, condamne sa fille à perdre la vie, et l’infortunée prêtresse, victime de son humanité est précipitée dans un gouffre appelé caverne d’enfer.
Son amant arrive pour la sauver mais hélas il est trop tard. Tandis que les Romains vainqueurs s’emparent de l’île de Groa, Armire et les siens mettent le feu à leurs forêts et meurent plutôt que de subir le joug de l’esclavage.

Nous citerons en entier le discours d’Armire, succombant sous la puissance romaine pour justifier les éloges que nous avons donné à M.de ST Michel.

Ils ont vaincu ces insolents Romains !
Guerriers, des fers seront votre partage
Des fers que dis-je ? Il est entre nos mains
Un moyens prompt d’éviter l’esclavage.
Attendrez-vous qu’un vainqueur furieux
Pour couronner sa sanglante conquête,
D’un joug de fer accable votre tête,
Et sans frémir ose insulter vos dieux ?
Dans ces forêts des haches sacrilèges
Vont attaquer leurs divins privilèges.
Ils tomberont les chênes révérés
Où de ces dieux la majesté respire.
Ils tomberont et dans leurs flancs sacrés
Le fier Romain taillera le navire
Qui foulera nos bords déshonorés.
Souffrirez-vous cet excès d’infamie ?
Plutôt la mort mais pour la recevoir
Faut-il attendre une main ennemie ?
Non, notre sort est en notre pouvoir.
A ces forêts attachons l’incendie,
Sauvons nos dieux d’outrages éternels
Et périssons sur leurs sacrés autels,
Puisque pour nous il n’est plus de patrie.

Il est inutile de préciser que les Romains ni aucune autre nations (hormis les Allemands en 1940) n’a jamais occupé Groix et encore moins amener sa population à mettre fin à ses jours.
Mais la forêt incendiée volontairement aurait-elle pu exister ? Mythe ou réalité ? la mémoire collective de l’île en garde un souvenir.
Quant à la caverne de l’enfer ses légendes se perpétuent depuis si longtemps qu’elle vont un jour devenir une réalité. C’est ainsi que s’écrit l’histoire.

PS : Un grand merci à Jo Le Port sans qui je n’aurais jamais su que dans ma jeunesse il m’est arrivé comme à beaucoup d’entre nous… d’aligoter.

Jean-claude Le Corre
Groix - Octobre 2019

"La caverne de l’enfer" - ( Monet 1896)