Fin juillet j’entre dans un commerce groisillon pour y faire quelques courses. Il y a là un petit groupe de personnes avec parmi eux un monsieur qui parle haut et fort (le mâle alpha du troupeau je pense) et qui m’interpelle à peine la porte franchie :

" Madame, vous qui n’êtes pas d’ici, je vais vous conseiller quelques produits locaux à déguster absolument !"

Je me retourne, au cas où une cliente m’aurait suivie de près. Mais non, c’est de moi qu’il s’agit ! Il faut dire que je reviens du champ des ânes  : je suis donc vêtue d’une salopette poussiéreuse, j’ai une vieille paire de tennis aux pieds et un sac à dos sur l’épaule. Je dois avoir l’air passablement ahurie car tout à coup le mâle alpha a un doute :

"Vous êtes du coin peut-être?"

"Et bien oui, je suis du coin. Et c’est très gentil de vouloir me conseiller mais j’aime bien choisir moi-même ce que je vais manger."

Bon, c’est de ma faute aussi : si les autochtones se déguisent en touristes, à qui se fier? Ce sont les valeurs les plus sûres qui vacillent !

Et au mois d’août, pas mieux : il y a quelques jours, alors que je suis attablée à une terrasse de café avec quelques amis, une femme (notre voisine de table) nous interpelle :

" Vous êtes d’ici?" On acquiesce.

" Vous pouvez me donner les horaires de bateaux d’aujourd’hui?"

Ceux qui ont un téléphone intelligents commencent à pianoter pour lui rendre service (ce n’est pas mon cas, je suis donc dispensée). Elle tient quand même à nous préciser qu’elle n’a pas l’intention de prendre le bateau. Je sens comme un flottement chez les Greks. D’autant qu’elle nous laisse cinq minutes de pause et nous apostrophe à nouveau :

"Vous savez où je peux acheter des cigarettes?"

J’ai bien une réponse mais j’ai peur que ça ne convienne pas. Les autres, beaucoup plus patients que moi, lui répondent que nous sommes tous non-fumeurs. Manifestement ça ne lui plaît qu’à moitié car elle nous explique qu’elle est très mélomane, qu’elle adore la musique et elle part (enfin !) en chantant "Pirouette cacahuète..."
C’est fatigant les vacances parfois... Surtout celles des autres..............................
Elizabeth Mahé