J’ai mis devant toi la Vie et la mort, choisis la Vie afin que tu vives !
Deutéronome 30, 19

Depuis maintenant quelques semaines, notre moral insulaire est pilonné par la menace de la suppression des tarifs réduits jusqu’ici pratiqués par la Compagnie Océane au profit des résidents secondaires, des enfants venant sur l’île visiter leurs parents, et aussi des morbihannais...
Il est impressionnant et réconfortant de constater l’énergie mise par chacun à susciter un élan commun visant à la pérennité de la vie de notre île. Il suffit de se balader dans les rues et d’ouvrir les yeux. Placardés sur les maisons, les murs et les voitures, des centaines de panneaux et d’affichettes qui révèlent les qualités créatrices de leurs auteurs : Ile à vendre, maison à vendre, magasin à vendre...
Car c’est bien cela qu’il s’agit de défendre : la vie de l’ile. Supprimer les tarifs réduits ne sera pas sans conséquences. Nombreux sont les résidents secondaires qui viennent souffler à Groix plusieurs fois dans l’année, notamment des familles entières. Leur imposer le plein tarif revient à les dissuader d’y séjourner. Peuvent-ils à la fois s’acquitter de leurs impôts sur l’île et se voir exclus du service public ? N’y a-t-il pas une discrimination dans cette logique ? Pareillement, nombreux sont ceux qui viennent passer quelques jours à Groix, venant de Lorient et plus largement de tout le Morbihan. Viendront-ils toujours s’ils ne bénéficient plus d’un tarif attractif ?
Dans tous ces cas, l’impact économique ne sera pas sans se faire ressentir, avec l’effet domino qui s’ensuivrait ; moins de visiteurs impactera nécessairement la consommation et limitera inévitablement la production et les services. Dans le cas d’une abrogation des tarifs réduits, combien de temps attendrons-nous avant de voir des magasins fermer, de constater une fuite de population et une réduction des services publics
N’oublions pas non plus que cette décision ne bouleversera pas seulement la dimension économique : elle affectera tout le lien social. Quelles conséquences pour la vie associative jusqu’ici si dynamique ? Quel avenir pour des associations privées d’une partie de leurs éléments moteurs, contraints de quitter l’île pour motifs économiques ? Et nos anciens ? Si leurs enfants, petits-enfants, familles et amis doivent renoncer à les visiter à cause du coût trop élevé des traversées... Sont-ils condamnés à l’abandon et la solitude ? Comment les Groisillons pourront-ils recevoir leurs familles et resserrer ces liens fondamentaux et nécessaires ? Notre île est elle condamnée à se vider lors des fêtes ? à devenir une terre "inhospitalière", "coupée" et "repliée", incapable de rassembler familles et amis ?
Déjà beaucoup hésitent à prendre le bateau pour participer aux obsèques de leurs défunts... Mais qu’en serait-il si les tarifs spéciaux étaient supprimés ? Mourir seul et être privé de la présence de ses proches à son enterrement, n’est-ce pas là une grave atteinte au lien social ?
Et les baptêmes ? Les mariages ? Déjà, ce n’était pas simple de les organiser sur l’île vu l’éparpillement géographique des invités. Autant dire que ces événements deviendraient extrêmement rares dans le cas d’une suppression des tarifs réduits.
Les conséquences d’une telle décision seraient absolument néfastes à la vie de l’île et des insulaires. sur les plans économique, social, humain et ecclésial... Cette stratégie financière oublie l’homme et en néglige la dignité,
A la mort de l’île, préférons la vie. Comme chrétiens, n’oublions pas que notre foi nous amène toujours du côté de la vie et à la défendre. "J’ai mis devant toi la Vie et la mort, choisis la Vie afin que tu vives !" Dt 30, 19, Nous sommes les hommes et les femmes de la résurrection, de la victoire de la vie sur la mort.
Comme citoyens, il y a lieu de se mobiliser et de rejoindre tous ceux qui dénoncent cette logique financière prête à sacrifier la vie insulaire.
A ce choix de la vie, notre foi l’exige, notre insularité nous le commande, et notre citoyenneté nous en donne les moyens.

P. Dominique Le Quernec, recteur de l’île de Groix