Les Groisillons sont fin prêts à la mobilisation d’aujourd’hui.

Tous les commerces seront fermés et une grande partie de la population a mis le cap sur Vannes. (Photo Bernard Vanoni) C’est toute une île qui se déplace ce lundi matin comme un seul homme devant la préfecture vannetaise. Près de 800 Groisillons en colère contre la suppression annoncée des tarifs morbihannais des liaisons maritimes qui, à les entendre, menace toute l’économie insulaire.
Population absente, commerces fermés. Groix aura ce lundi tous les aspects d’une île morte. Un avant-goût, osent les plus remontés, de ce que laisse augurer le changement de tarif annoncé pour les liaisons maritimes. Tandis que leur maire Dominique Yvon sera reçu au conseil général, 800 manifestants, venus avec neuf cars réservés au départ de Lorient, hurleront leur colère sous les fenêtres de l’hôtel du département. Une mobilisation rare.

« On demande un moratoire »

À l’origine de ce courroux, les propositions du Département pour la future DSP (délégation de service public) pour les liaisons maritimes qui sera soumise aux conseillers généraux le 17 novembre : la suppression du tarif « Morbihannais », l’augmentation des tarifs pour les résidents secondaires et pour les enfants d’insulaires (l’aller-retour passerait de 12,30 € à 16 €), le doublement du tarif camion pour le transport de marchandises et la diminution de 7 % des rotations annuelles.

« La chambre régionale des comptes a relevé que plusieurs de nos tarifs étaient illégaux et elle a souligné le faible taux de remplissage de nos bateaux, en moyenne sur toute l’année de 28 % », avance le conseil général qui affirme travailler sur des formules d’abonnement et de cartes pour les familles de sorte « que la disparition des tarifs illégaux ne porte pas préjudice à ceux qui se rendent fréquemment sur les îles sans y être résidents permanents. Le conseil général tient absolument à conserver un service public de qualité répondant aux besoins de nos concitoyens insulaires ». Réponse qui ne convient pas au maire de Groix, Dominique Yvon.
« On demande un moratoire. Ça paraît incroyable qu’on fasse voter une délégation de service public de six ans sans la moindre concertation avec les populations insulaires. On nous met devant le fait accompli, jusqu’à nous inviter à une réunion seulement quelques semaines avant la mise en place de la délégation. On ne peut pas augmenter tous les tarifs de la sorte alors que l’inflation n’a jamais été aussi faible. La fréquentation de l’île a baissé de 20 % depuis six ans. Les nouveaux tarifs accentueront encore cette baisse. Christian Guyader, le patron de Groix et Nature, a en projet d’investir 2,2 M€ dans sa conserverie groisillonne. Il m’a dit qu’il pourrait arrêter les travaux et aller s’installer ailleurs ».

Stéphane Cabelguen, patron de l’Intermarché, est sous le choc : « Sur l’année 2013, le budget transport (toutes charges comprises) de l’entreprise est de 165.260 €. Un volume identique en 2015 reviendrait à 302.958 €. Aujourd’hui se pose déjà clairement la question de l’avenir de l’Intermarché sur l’île de Groix. On ne parle pas des augmentations passées (de 1 à 1,5 %) mais de 248 % ! C’est du délire ».

Des voisins des îles du large également concernées (Belle-Ile, Houat, Hoëdic) se joindront à la manifestation. À l’image de l’union locale CGT de Belle-Ile « par solidarité envers les salariés de Groix ». Pas les quatre maires de Belle-Ile, qui ont rendez-vous jeudi et ont décidé de rester à quai. Ces derniers annoncent privilégier « une stratégie d’actions différentes pour défendre les intérêts de Belle-Ile avec la seule volonté de l’efficacité ».

Pour Régis Leclerq, président du collectif citoyen de Groix, « il est regrettable de constater que l’association des îles du Ponant est muette dans ce débat. Tout comme on peut s’étonner de l’absence de mobilisation commune avec les autres îles du Morbihan ».

C. Cantin. Le Télégramme -06-10-14-