"Anita, de Groix"

"Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire"

Histoire de… l’araignée de mer

Publié le 13 juillet 2018 à 22:57
Histoire de… l’araignée de mer

En ce début juillet, sur l’île, il y a ceux qui n’en veulent plus car ils en mangent depuis déjà au moins deux mois.

Photo JM Crouzet

Parmi ceux qui sont sur le chemin des vacances et ont hâte de prendre le bateau pour rejoindre Groix, il y a ceux qui attendent avec impatience de pouvoir de nouveau en manger.
Il y a aussi les pêcheurs qui en ont assez des multiples trous qu’elles font quand elles sont prises au piège dans les filets et qui attendent avec impatience d’autres prises au cours de leurs sorties.
Enfin il y en a encore beaucoup qui, voyant la bête, se posent beaucoup de questions notamment comment on peut essayer de manger cet animal d’aspect préhistorique et quel goût il peut bien avoir (sans parler de comment le cuire et le "décortiquer" !).
Vous avez tous compris : je parle de l’araignée de mer, crustacé qui, jusqu’au début années 1960 et la raréfaction des homards et langoustes, n’était pas ou très peu commercialisé et faisait le régal des riverains du bord de mer.

Si vous êtes curieux, c’est sa petite histoire que je vais vous raconter en essayant de démystifier cet animal étrange et peut-être de tordre le coup à quelques légendes qui courent à son sujet.

Je me souviens, il y a plus de 20 ans, à marée haute à Port Lay (le premier port de Groix !) j’ai pris une photo sur laquelle on peut voir quatre araignées flotter contre une aussière et entièrement vides. Ce fut le début de mes recherches qui au début se résumaient à ce que les pêcheurs locaux me racontaient et mes notes se rangeaient tranquillement dans une chemise en attendant la retraite.

Depuis j’ai découvert que de très nombreuses pages sur le Web faisait référence à des recherches de scientifiques (et à d’innombrables recettes, modes de cuisson etc... que je laisserai ici à votre curiosité).

Avant de vous raconter ce que l’on sait de nos jours sur cet animal, la Bibliothèque Nationale et son site BNF Gallica m’ont permis de trouver une partie de ce qui a pu être écrit au fil des siècles et cette histoire m’a semblée très intéressante, et même amusante par certains côtés. Je vais vous en livrer quelques « morceaux choisis »
(Vous pouvez passer au chapitre suivant si l’histoire ne vous intéresse pas !)

Histoire ancienne illustrée de l’araignée de mer
(Maja brachydactyla)

Il m’a semblé utile de commencer par les premiers travaux de zoologie, même s’ils datent de 300 ans avant notre ère, et que les premiers livres de zoologie marines ne sont parus en France qu’au XVème siècle et que leurs auteurs faisaient référence, et souvent une totale confiance, aux écrits du premier auteur : Aristote (-384 -323)
Ce grec est surtout connu comme philosophe (il fut élève de Platon) et comme précepteur d’Alexandre le Grand (-356 -323)
Il s’intéressa à tous les domaines et écrivit notamment un traité sur les animaux dans lequel on trouve la description de près de 300 poissons qui servit de base à toutes les recherches jusqu’au XVIème siècle. Auparavant les auteurs successifs se sont pendant 1800 ans contentés de recopier Aristote sans rien y ajouter. On ne consulte pas la nature comme il l’avait consulté.

Au milieu du XVIème siècle (La Renaissance, François 1er, Léonard de Vinci, etc...) deux zoologistes français vont reprendre les méthodes d’Aristote. Ils ne le copient plus, ils font à leur tour leurs propres observations sur le terrain.
Pierre Belon et Guillaume Rondelet

Pierre Belon (1517-1564)
Né près du Mans les groisillons connaissent bien son nom grâce à un canard sauvage qui vient se reproduire au bord des réserves d’eau de l’île : le Tadorne de Belon. Ce nom fut donné en l’honneur de ce grand zoologiste (et n’a donc rien à voir ni avec une rivière ni avec les huitres qui y sont élevées).
On a peu de renseignements sur ses études. On sait qu’il devint médecin, à la célèbre Facultés de Montpellier, et qu’il fut le protégé d’un grand homme d’église de l’époque. Ce dernier lui permit de voyager pour ses recherches et on le trouve aussi bien en Angleterre et en Allemagne, qu’en Grèce, Palestine ou Egypte.
Son grand ouvrage sur les poissons (dédié à son protecteur) parut en latin en 1551, mais deux ans plus tard il fut réédité en français. (Succès de l’ouvrage ou conséquence de l’Édit de Villers-Cotteret (1539) de François 1er imposant le français comme langue officielle ?)
En 1555 il fit paraître une "Histoire de la nature des oyseaux avec leurs descriptions et naïf portraicts retirés du naturel".
Le Roi Charles IX lui fit attribuer un appartement dans le château de Boulogne (construit en 1528 et entièrement démoli à la fin du XVIIème siècle).
C’est en s’y rendant qu’il fut tué dans le bois du même nom en avril 1564. Il n’avait que 47 ans. Son assassinat ne fut jamais élucidé.

Voici l’extrait de son livre sur les poissons qui traite de notre araignée.

Traduction abrégée du texte :
La similitude que ce poisson a avec l’araignée vulgaire fit qu’on le nomme araignée de mer. Les anciens grecs le nommait Maïa. Ceux de Marseille, à cause des piquerons qu’il a sur le dos comme la langouste et plusieurs poils sur ses ongles, l ‘ont nommé squinade.
Elle aime mieux la mer profonde que le rivage ou les rochers et n’est pas dans sa nature de vivre longtemps hors de l’eau comme les crabes (tourteaux…). Elle est étroite sur le devant et large au derrière à l’inverse du crabe… Ses deux jambes ou bras sont longues et grosses et ont quatre articulations dont la force est plus faible (imbécile = faible) que celle du crabe. _ Mais les autres petites jambes qui suivent, quatre de chaque côté, ont les ongles longs et non fendus dont (= qui lui donne) une plus grande puissance pour aller vite dans l’eau, et sont faibles sur terre. Sa couleur quand elle est en vie est plombée ou verdoyante ou semée de rouge tirant sur la couleur de la datte. Mais quand elle est morte ou cuite elle devient rouge. Elle a des longs éperons devant le front qui lui servent d’armure. La femelle a le repli de dessous le ventre qui lui sert de queue plus large que le mâle au revers duquel on trouve deux conduits à la racine des dernières jambes. Elle a quatre barbes de chaque côté qui lui permette de retenir ses œufs…

Dans son livre, Pierre Belon parle d’un "poisson", que je ne pouvais pas ne pas citer même s’il est hors sujet.
"Du gratieux seigneur".

Les Bretons font grand cas d’un poisson de leur contrée nommé Gracieux Seigneur. Il est longuet et sans écaille, toujours attaché au rocher et ils le nomment Gracieux Seigneur pour ce qu’ils trouvent étrange qu’il se tienne en une place à son aise comme un seigneur et qu’il devient très gros. Pour cette raison, si quelque paysan le rencontre il va aussitôt le présenter à son seigneur pour singularité (par curiosité). Ils n’ont en ce pays poisson de mer que l’on estime autant. Dans notre jeunesse nous avons été nourri, appris la langue de ce pays et hanté (visiter ) les rivages. Toutefois il ne nous est jamais arrivé d’en voir un seul.
C’est pourquoi nous en parlons (nous écrivons) uniquement parce que nous l’avons entendu raconté.

En Bretagne on aime bien les légendes et à cette époque il se peut que Belon, au cours de ses voyages, ait croisé dans un port de Méditerrané un marin breton qui lui aurait, après quelques libations dans une taverne, raconté cette histoire.
Y- a t-il cru ? Possible mais peu probable, la dernière phrase du texte souligne ses doutes. Il n’avait pas pu voir les quelques 300 poissons qu’il décrit dans son ouvrage où quelques uns ne sont dus qu’à l’imagination, de leurs inventeurs.
Certains mystères de l’océan restent insondables même de nos jours, alors au XVIème Siècle !…

(à suivre)
Merci à JC Le Corre et Yves Raude/

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